Le Mont Aigoual, c’est bon pour le moral
Quand on épingle un Mer-Montagne à son actif, ce sont d’abord les chiffres qui en imposent. De notre point A à notre point B, ils se bousculent pêle-mêle : 754 km, 9260 m de D+, 6 jours de vélo, 7 gars bigrement motivés, 8 départements traversés, 1 minibus réquisitionné et 1 régime de bananes…
Il existe donc la version brute et parfois brutale quand la pente se cabre à plus de 10% de moyenne. Et puis la version nette d’une aventure humaine que la canicule n’a pu faire avorter. Première question : on part ou on ne part pas ? On ne part pas, on reporte juste d’une semaine… La France est en surchauffe, le thermomètre traverse les quarantièmes rugissants, Rennes se prend pour Séville. La raison l’a emporté. L’ennui, c’est qu’elle laisse sur le carreau Patrice D et Patrick D, qui ne peuvent pas décaler le voyage. Déjà que Pascal LM a déclaré forfait quelques semaines plus tôt en raison d’une chute malencontreuse.
Une semaine plus tard, on se retrouve à sept sur le parking de l’Intermarché de Chantepie pour charger le minibus. Emile a récupéré une des deux places disponibles pour rejoindre Jean-Luc C, Laurent V, Philippe H, Alain LF, Christian T et Jean-Pascal A. Direction La Rochelle. Pose-photos devant les deux fameuses tours et roulez jeunesse !
Cette première étape a tout d’une bonne mise en jambes. Elle débute par une longue flânerie sur une piste cyclable longeant le canal de Rompsay. Puis c’est une procession plate comme une galette au jambon, entre les rangs de tournesol, jusqu’à Saint-Jean-d’Angély, notre premier terminus. Chambre d’hôtes charmante dénichée par Patrice D, avec la table d’hôtes qui va bien. Le patron est Néerlandais mais pas vraiment fan de la petite reine. Pas grave, il nous régale quand même.
Séquence cyclocross en Charente
Le lendemain, les choses sérieuses sont annoncées sur un parcours de 160 bornes jusqu’à Brantôme, baptisée la Venise verte du Périgord. La Charente grille, le soleil tape avec insistance sur nos casques tandis que les plants de pineau nous font de l’œil. L’apéro attendra. Après un bon petit repas à Magnac-sur-Touvre, dans les parages d’Angoulême, la trace sort des sentiers battus. Nous voilà embarqués sur une piste cyclable ombragée, ce qui permet de faire redescendre la température corporelle. Le seul hic, c’est que plus on avance plus des obstacles jalonnent notre périple. Quelques branchages, puis un tronc d’arbre, deux troncs qu’il faut à chaque fois contourner.
Soudain, c’est un casse-tête : plusieurs arbres entremêlés obstruent la piste. Pas le choix, on bascule en mode cyclocross, vélo sur l’épaule en enjambant les barrières naturelles. « Une mini-tornade est passée par ici il y a trois jours », nous révèle un autochtone hilare. La voie verte se nomme la Coulée d’Oc et mérite le détour. Sans troncs, de préférence…
Brantôme, sweet home. On récupère en s’attablant devant des assiettes périgourdines servies sur une place bucolique. Dodo, même s’il fait très chaud.
Au matin du troisième jour, la Dordogne abat ses plus belles cartes : le château de Montfort, les rues piétonnes de Sarlat, la montée à Domme, les troglodytes des Eyzies où nous optons pour la formule du jour. Omelette aux cèpes, y’a pire, avant de récupérer nos vélos pour filer vers Gourdon dans le Lot. Entre Périgord et Quercy, c’est pentu. La journée flirte avec les 2000 m de dénivelé, indiquent nos compteurs, alors qu’on se restaure à l’hôtel des Remparts, après avoir garé le minibus et sa remorque, ce qui n’est jamais une mince affaire dans les petites villes aux rues étroites.
Périgord, Quercy et Rouergue
Jour 4 : ça ne rigole plus ! On est attendus à Muret-le-Château, 150 bornes plus loin et 2500 m de D+ plus haut. Heureusement, il reste encore de la place pour le cyclotourisme. Comment ne pas immortaliser la citadelle de Rocamadour avec son affreux raidard sous la roche ? L’itinéraire touristique prend soudain la tangente pour laisser place à de petites routes dénichées par Pascal LM, notre guide absent. Durant des dizaines de kilomètres, c’est un toboggan géant sans aucune âme à la ronde, à part une nuée de milans. On vire, on monte, on se déhanche, on dévale jusqu’à Saint-Cirgues, aux confins du Cantal. Petite auberge associative à la bonne franquette tenue par des dames authentiques et chaleureuses qui nous souhaitent bonne route. Belle descente jusqu’à Decazeville dans l’Aveyron, où le minibus nous attend pour un ravito apprécié. Pas plus que le Périgord ou le Quercy, le Rouergue n’est pas plat. Au passage, on révise la géographie des anciennes provinces, séquence nostalgie et badges pour le Brevet des Provinces Françaises… Reste la longue ascension vers Muret-le-Château que nous atteignons lessivés. La récompense à l’arrivée prend la forme d’une piscine que nous annexons aussitôt. L’Hôtel du Château, une super adresse à conserver.
Le cinquième jour ressemble au précédent avec le même dénivelé (2500 m) mais 170 km au menu. Christian C et Jean-Pascal A font un petit crochet chez un vélociste de Rodez pour faire réparer une patte de dérailleur abîmée. Le clan des sept se reforme sur les rives du lac de Pareloup. On refait les niveaux au bord de la plage des Vernhes, avant de foncer dans les gorges sur Tarn, au vert émeraude et majestueux. Déjeuner vite fait bien fait dans une pizzeria de Saint-Rome où mènent forcément tous les chemins. Dans la fournaise se profile le plateau du Larzac qui assèche les corps et les gorges. Le paysage est à la fois lunaire et solaire. On s’accroche, on s’encourage pour entrer dans Gard et les Cévennes. L’effort valait le coup d’œil et la curiosité d’une piste cyclable tracée sur une ancienne voie de chemin de fer. On roule sous des tunnels éclairés comme des boîtes de nuit. Et voici Le Vigan et son village-vacances. Son avenue bordée de platanes où le panaché coule à flots. La déshydratation menace. Une bonne table nous réserve sa terrasse, ah les braves gens !
La Lusette, c’est pas la fête !
L’objectif n’est pas encore atteint. Ce n’est plus qu’une question d’heures. Jour 6 : l’estomac lesté de viennoiseries, on part à l’assaut du toit des Cévennes perché à 1565 m. Mais le Mont Aigoual, c’est un coriace. Surtout quand on l’aborde par la côte d’Aulas, une ruelle à forte déclivité qui nous hisse au pied du col de la Lusette. Son profil consulté la veille sur un site spécialisé n’avait pas menti. Cette Lusette, mazette, c’est pas la fête ! Après quelques kilomètres raisonnables, la route se dresse brutalement. Pendant trois km, la pente ne passe plus sous les 10%, avec un sale lacet à 18%. Oui, ça pique jusqu’au panneau qui enrichira la collection des chasseurs de cols. A L’Espérou, c’est gagné ou presque. Reste 9 km d’ascension dans des pourcentages plus sages. Au détour d’un virage se profile le célèbre Observatoire du Mont Aigoual dont la station météo est désormais automatisée, que l’on rejoint en ordre dispersé. Mont Aigoual détient le record de France du nombre de jours de brouillard par an (250 !) et de la rafale de vent (335 km/h !).
Là, il fait un temps radieux. Idéal pour la photo-souvenir des sept baroudeurs de l’AS Chantepie, rincés mais ravis. Il n’y a plus qu’à redescendre vers Le Vigan via le col du Minier. L’ASC peut finir en roue libre, avant le retour en Bretagne. Par l’autoroute, cette fois…
Jean-Pascal ARIGASCI.








